Publication du rapport de l’IGAS sur l’organisation de la périnatalité dans les territoires (2026)
Publié en plein été, presque en catimini, alors qu’il avait été remis à la ministre au début de l’année, le rapport de l’IGAS vient compléter les travaux de la Mission Périnatalité.
Le cabinet ministériel n’a-t-il pas souhaité donner suite aux recommandations formulées dans ce rapport ? Attend-il les conclusions de la mission d’experts ? Ou refuse-t-il d’admettre que les choix politiques opérés au cours des vingt dernières années ont contribué à la dégradation des indicateurs de santé périnatale ?
Des constats que les sages-femmes connaissent
Le rapport confirme, en premier lieu, des constats que notre profession porte depuis de nombreuses années. La hausse de la mortalité infantile, et plus particulièrement de la mortalité néonatale, impose de repenser l’organisation de l’offre de soins en périnatalité.
Mais elle met également en évidence un levier essentiel, encore trop souvent négligé : la prévention, véritable parent pauvre de la santé publique périnatale.
En complémentarité avec les autres professionnels de la périnatalité, les sages-femmes ont toute leur place à chaque étape du parcours, de la période préconceptionnelle jusqu’à la fin du post-partum. Elles interviennent en matière de prévention, de suivi, de dépistage et de prise en charge coordonnée des femmes, des nouveau-nés et des familles.
Rompant avec la politique de fermeture des « petites » maternités, initiée il y a une vingtaine d’années, le rapport engage la réflexion sur l’organisation à l’échelle du territoire, mettant en exergue que les solutions répondant aux besoins d’un territoire ne seront pas les mêmes pour un autre (« Les investigations de la mission l’ont, en revanche, conduit, de manière générale, à relativiser l’influence de l’organisation de l’offre de maternités sur l’évolution de la mortalité infantile et, en particulier, à conclure que les restructurations de l’offre de soins ne semblent pas avoir eu d’effet notable sur les évolutions de la mortalité infantile (néonatale) depuis 2011 » – page 7)
Répondre à la question de l’attractivité
La fuite des sages-femmes de l’exercice hospitalier — ou, pour le dire autrement, leur ouverture à d’autres modes d’exercice — ne peut être considérée comme une cause de la dégradation des soins.
Limiter l’installation en libéral au cours des premières années d’exercice ne constituerait qu’un leurre supplémentaire. Cette situation ne concerne d’ailleurs qu’une minorité de jeunes diplômées et pourrait, au contraire, s’inscrire dans une organisation renouvelée des soins en périnatalité, prenant en compte l’ensemble du parcours, du préconceptionnel au postnatal, notamment si l’objectif d’un véritable virage ambulatoire des naissances est maintenu.
Il est désormais temps de répondre à la question de l’attractivité des métiers de la périnatalité et, par conséquent, de l’efficience de notre système de santé.
- À l’hôpital, en réformant les décrets de périnatalité, devenus obsolètes, et en y intégrant notamment des ratios adaptés à chaque secteur — prénatal, per partum et postnatal. Le statut des sages-femmes dans la fonction publique hospitalière doit également être profondément révisé afin de prendre en compte leurs compétences, leur autonomie d’exercice, leurs responsabilités et leur rôle propre dans les parcours de soins.
- Dans la fonction publique territoriale, en reconnaissant et en valorisant pleinement les compétences et l’autonomie des sages-femmes, encore trop souvent malmenées, et en leur attribuant des moyens à la hauteur des besoins des populations et des territoires.
- En exercice libéral, en reconnaissant la place croissante des sages-femmes dans les parcours de soins. Elles ne peuvent toutefois assurer seules un maillage territorial suffisant pour répondre aux besoins de la population et des organisations de soins. La question de la démographie doit donc être pleinement prise en compte. Les soins de proximité, transversaux et coordonnés qu’elles proposent, doivent être valorisés, notamment parce qu’ils contribuent à réduire les inégalités sociales et territoriales d’accès aux soins et à créer un véritable trait d’union entre le préconceptionnel, le prénatal et le postnatal, ainsi qu’entre la ville et l’hôpital.
- Entre les différents modes d’exercice, en faisant évoluer les conditions réglementaires afin de dépasser le cloisonnement actuel. Celui-ci participe à segmenter les différents temps du parcours de soins en santé périnatale. Il est indispensable de permettre un véritable développement de l’exercice mixte — maternité/libéral, PMI/libéral ou encore PMI/maternité — pour les sages-femmes qui le souhaitent.
Renforcer la prévention
À travers le CLAP — Comité de Liaison pour l’Avenir de la Profession — l’UNSSF entend porter la voix unie des sages-femmes. Vous trouverez ci-dessous la réponse du CLAP à la publication de ce rapport, sous la forme d’un communiqué de presse :
Communiqué de presse du CLAP – 7 août 2026
Au-delà des propositions portées collectivement, nous souhaitons rappeler que les priorités pour notre profession doivent rester centrées sur deux objectifs : réduire les inégalités sociales et territoriales d’accès aux soins, et garantir la juste reconnaissance des compétences ainsi que de la place de chaque professionnel dans un parcours de soins coordonnés.
La prévention doit être renforcée à toutes les étapes du parcours, dès la consultation préconceptionnelle — qui doit pouvoir bénéficier d’un temps suffisamment long (consultation longue) — et jusqu’à la fin du post-partum, voire plus largement tout au long des 1 000 premiers jours.
Santé environnementale, prévention des maladies infectieuses, dépistage des pathologies susceptibles d’avoir une incidence sur la fertilité ou la santé périnatale, prévention des grossesses non planifiées, alimentation, conduites addictives ou encore allaitement maternel : l’influence de ces facteurs sur la santé des femmes, des nouveau-nés et des familles au cours des 1 000 premiers jours n’est plus à démontrer. Et les compétences des sages-femmes répondent à tout ce champ de la prévention en santé périnatale.
Développons et valorisons les temps consacrés à la prévention et au dépistage. Accompagnons réellement les femmes et les couples, tant sur le plan médical que psychosocial, grâce à un parcours plus lisible et à une coordination effective entre les différents acteurs de la périnatalité. Cette organisation doit s’appuyer sur une offre de soins adaptée aux besoins de chaque territoire.
Les réponses apportées devront permettre de réduire non seulement la mortalité infantile et néonatale, mais également la morbidité et la mortalité maternelles, en portant une attention particulière à la santé mentale et aux psychopathologies du post-partum.
Pour l’UNSSF,
Le Conseil d’administration
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